HUNG GAR

Tout au long de l’histoire de la chine, Le Temple de Shaolin à été le centre de nombreuses controverses. De nombreux hors-la-loi, bandits et personnes subversives y prenaient refuge, ainsi que des soldats à la recherche du pardon pour le sang qu’ils ont fait couler pendant les guerres. Chacun de ces nouveaux arrivants amenaient de nouvelles techniques, armes et styles de combats dans l’enceinte du Temple, apportant ainsi des changements dans les pratiques journalières.

À de nombreuses reprises, la cour Impériale tenta de mettre un terme aux pratiques du Temple en le détruisant entièrement, mais les Shaolin résistèrent jusqu’à la Dynastie Ch’ing (période trouble de l’invasion Mandchou, une partie douloureuse de l’histoire pour les Chinois).

Le Temple fût brûlé jusqu’au sol et, d’après ce que l’on sait, certains des Aînés survécurent, et prirent la fuite vers le Sud de la Chine pour créer un nouveau Temple Shaolin Sil Lum dans la province du Fukien.

Parmis eux, Maître Jee Sin Sim See qui, d’après ce qui est dit, devint le Chef Spirituel du Temple et transmit à de nombreuses personnes des techniques de l’Art Shaolin.

Pendant cette période, un jeune marchand de thé du nom de Jyu Hei Gun, vint prendre refuge au temple après une confrontation avec des nobles Ch’ing, qui lui valut d’être recherché et sa tête mise à prix. D’après la légende, il devint le premier disciple de Maître Jee Sin Sim See dans le style Shaolin du Tigre, et il est considéré comme le fondateur du style Hung Gar. Comme de nombreux Chinois de son époque, Jyu Hei Gun ne portait pas les Ch’ing dans son cœur et passât la majeur partie de sa vie à se battre contre eux pour réinstaurer le règne des Ming. Il fût obligé de prendre le nom Hung car il était l’un des hommes les plus recherchés en Chine due à ses activités de rebelle. On dit qu’il avait choisis le nom Hung pour honorer la mémoire du premier Empereur Ming, Hung Mo (Hong wu), qui était considéré comme étant l’un des meilleurs, si ce n’est le meilleur, Empereur(s) de l’histoire de la Chine.

Le gouvernement Ch’ing était très au fait de se qui se passait dans le Temple Shaolin du Sud et se senti menacé. Ils organisèrent une nouvelle attaque avec les troupes impériales, les monks et rebels furent obligé de fuir face à la taille des forces déployées contre eux et leur deuxième temple fût brûlé jusqu’au sol une fois de plus.

Maître Jee Sin Sim See, et ses meilleurs disciples, dont Maître Hung Hei Gun et Maître Luk Ah-Choy, survécurent et fuyèrent à nouveau vers le Sud et jurèrent de propager l’art Shaolin et de se battre pour faire tomber le règne Ch’ing.

À cette époque, les Manchus interdirent la pratique de Gong Fu, Maître Hung Hei gun décida de transmettre son Art en secret dans le Grand Temple Buddha de Kwungtung, dans le Sud de la Chine. Une fois l’interdiction levée, il ouvrit une école et appela son style le Hung Gar Kuen (Poing de la famille Hung), pour masquer les origines Shaolin de ses techniques. Bien qu’il excellait dans le style Shaolin du Tigre, Maître Hung Hei Gun était un homme très curieux et toujours à la recherche de moyens d’améliorer ses techniques. Il aurait appris le style de la Grue Blanche de sa femme Tee Eng Choon, mais il ajouta aussi des éléments des techniques du Serpent, du léopard, du dragon, et des 5 éléments, afin de perfectionner ses mouvements et trouver un équilibre entre puissance et aisance qui lui plaisait mieux. Maître Hung Hei Gun développa rapidement la réputation d’être un combattant hors pair et étais connu comme « Le Poing du Sud ». Le Hung Gar se base sur des postures puissantes, une grande force interne, l’ambidextrie, des techniques de mains et de puissance faites pour le combat rapproché, ainsi que le maniement d’armes blanches (18 principalement). L’importance de l’ambidextrie permet le jumelage des coups avec les blocages, ces derniers connus et redoutés.

Les adversaires confrontés à un praticant du Hung Gar se rendirent bien compte que si les blocages peuvent leur engourdir les membres, les attaques sont d’une effroyable précision et d’une puissance remarquable.

VÕ SU HÀ CHÂU

Le 25 Mars 1924, le monde des arts martiaux perd Grand Maître Wong Fei Hung, et le 19 août 1924 à Hong Kong, Maître Hà Châu vient au monde. Il est le descendant d’une famille de longue tradition martiale, son père, Võ Su Hà Chung, étant un Maître du Hong Gia Quyen Cho Lon. Très jeune, il suivit son père au Vietnam et vivait à Ba Xuyen (Soc Trang). À l’âge de cinq ans, il reçut l’enseignement de son père.

Maître Hà Chung possédait une exploitation forestière qui fut brûlé par les Français car il y hébergeait des résistants de Hô-Chi-Minh. Non pas pour des raisons politique, mais simplement par soucis d’aider, sa famille ayant du fuir la Chine, cela avait créé une forme de solidarité pour ces combattants.

A neuf ans, maître Hà Châu partis à Hong Kong étudier auprès du Maître Trinh Luân, devenant ainsi le seul et unique disciple de celui-ci. Maître Trinh luân était l’un des 4 ou 5 disciples de Maître Trinh Hoa, Su tuc (frère de) Maître Wong Fei Hung.

Après une quinzaine d’années passées à Hong Kong, en plus de sa maîtrise des techniques à main nues et armées, Maître Hà Châu est devenu l’un des seuls Maître de Shaolin Hung Gar à avoir atteint le dernier niveau des techniques d’énergie interne et externe.

L’une de ses techniques la plus connue était le Thien Can Truy (ou Thien Can Ta), qui est considéré comme l’une des 72 techniques Shaolin les plus importantes.

Maître Trinh Luan suivit Maître Hà Châu lorsque ce dernier rentra au Sud du Vietnam, il y passa les dernières années de sa vie. Avec l’aide de Maître Minh Canh, Champion de boxe anglaise en Asie du Sud-est dans les années 50, Maître Hà Châu monta une troupe qui se déplaçait au Vietnam.

Pendant que Maître Minh Canh sur un ring effectuait des combats de boxe, il faisait de son côté des démonstrations de techniques martiales en acceptant d’affronter des taureaux sélectionnés parmi les plus puissants. Lors de la foire de Thi Nghe à la fin de l’année 1957, il fit la démonstration d’une technique rare et unique : « Không chê song xa » (Maîtriser deux chars). Chacune de ses mains tenait une chaîne en métal, lesquelles étaient reliées à leur autre extrémité à un bus. Les deux véhicules démarraient ensuite simultanément pour s’élancer chacun dans une direction opposée, et les deux chaînes en forte tension menaçaient alors d’écarteler son corps, … mais plusieurs minutes s’écoulèrent sans que rien ne se passa, les roues des deux bus patinaient à vide sur le sol sans pouvoir avancer d’un millimètre.

En 1958, au bord du lac Xuân Huong à Da Lat, il s’allongea sur le sol et laissa dix bus passer l’un après l’autre sur son corps, chacun des bus transportant 50 passagers. Le lendemain de cette démonstration, il releva le défi lancé par un maître d’arts martiaux cambodgien. Ce dernier était célèbre et avait reçu le surnom de « Thiêt Cuoc » (Pied d’Acier), pour avoir à maintes reprises rompu d’un seul coup de pied le cou de buffles ou de taureaux… Durant le combat, « Pied d’Acier » eut la jambe fracturée en se confrontant au « Thiêt Sa Chuong » (Paume d’Acier). En 1961, dans le stade de Trà Vinh, il fit une démonstration d’énergie interne en faisant rouler un rouleau compresseur de 12 tonnes sur son corps. Alors que le camion était en milieu de course juste au dessus de lui, le chauffeur fit caler le moteur dans une tentative d’assassinat commanditée par un Maître Cambodgien. Il fallut plus de cinq minutes pour qu’un gendarme, l’arme au poing, menace le conducteur pour faire redémarrer le véhicule et l’amener à passer de l’autre côté. « Vingt secondes de plus et je n’avais plus de souffle, mon corps aurait alors été aplati comme une feuille de papier », racontait Maître Hà Châu.

Depuis ce jour et jusqu’en 1975, il demanda à plusieurs reprises l’autorisation de réitérer cette démonstration, mais les autorités de l’époque n’ont jamais osé l’accorder.

Au début des années 70, Maître Hà Châu avait failli se retirer du monde des Arts Martiaux. En 1974, une de ses connaissances proches se trouvait être le Directeur du Lycée Tan Dan à My Tho, et l’engageât en tant que professeur de Calligraphie et au début de l’année 1975, il le plaçât en tant que Directeur de l’école Dan Tri à Cai Be.

Mais après Avril 1975, il retourna à My Tho et se mît à travailler dans une usine de textile de Hong Gam, et l’année suivante, il était à Ho-Chi-Minh Ville et travaillait en tant que mécanique dans l’usine textile de Ben Nghe, Binh Thanh.

C’est donc en 1976 que Maître Hà Châu déposa la technologie de la « fraiseuse en forme de diamant ». C’est grâce à cette expérience, que Maître Hà Châu a, par la suite, pu créer et fabriquer ses outils d’entrainements uniques que vous pouvez trouver aujourd’hui à l’école. Au début des années 80, le gouvernement Vietnamien réduisit les restrictions imposées contre la pratique d’Arts Martiaux, certaines écoles ont alors été autorisées à ouvrir dans un souci de « conserver un vestige de Féodalisme ». De nombreux Maîtres avaient déjà commencés à faire des démonstrations dans des villages depuis 1975, et Maître Hà Châu ne fît pas exception à la règle. En 1985 à Thu Thua, Long An, puis à nouveau en 1987 dans la commune d’An Phu à Thu Duc, il fût forcé de partir après a peine un mois de démonstrations car la population locale considérait que sa résistance « surhumaine » était issue de la magie noire.

En 1988, I retourna à An Khanh pour faire des démonstrations et renouer avec ses anciens Disciples. Avec leur aide, il finit par y rester et s’installer pour le restant de sa vie. Bien qu’il avait rencontré beaucoup de difficultés pour promouvoir les Arts Martiaux dans le passé, il ne baissa pas es bras pour autant et a contribué beaucoup à développer l’association des Arts Martiaux Traditionnels de Ho-Chi-Minh Ville. Il fut parmi les fondateurs de l’Association des Arts Martiaux de Hô Chi Minh Ville (Hôi Vo Thuât TP. HCM) et reçut de multiples médailles décernées par l’Etat.

Au cours des années 1989 et 1992, il fut invité en Russie et en Italie pour des démonstrations. Il fût surnommé « Ummo ». Ce terme désigne un être venu d’une autre planète, possédant des capacités extraordinaires avec lesquelles aucun habitant de la Terre ne pourrait rivaliser.

Dans l’ouvrage « Des gens dotés de pouvoirs hors normes » (imprimé aux éditions Dorling Kindersley à Londres, puis ré imprimé fin 1992 en Californie), Maître Hà Châu fut classé parmi les trois plus grands personnages mondiaux pour sa maîtrise des extraordinaires techniques décrites plus haut. Les deux autres personnages furent un maître yogi indien, qui accepta d’être enterré vivant sous du sable pour en ressortir un mois plus tard en pleine forme, et Maître Hoken Soken membre de l’école de la Grue Blanche sur l’île japonaise d’Okiwana, qui fit une démonstration de techniques martiales debout sur une fine planche de bois flottant sur l’eau. En 1997, Maître Hà Châu pris sa retraite et se mît à forger des armes tout en surveillant l’héritage qu’il laissait.

Cependant, il continua à s’entrainer et à travailler du matin au soir, forgeant des armes, fabricant des outils d’entrainement pour l’école, et continua à pratiquer la poésie Chinoise et la Calligraphie.

Ayant été autrefois technicien pour la société de filature et tissage Hông Gâm, il a mené des travaux pour concevoir et fabriquer une machine d’entraînement pour la pratique du « Thiên Cân Ta » (soulever mille tonnes) Maître Hà Châu expliquait que : « Autrefois lorsque je m’entraînais au « Thiên Cân Ta », mon maître me demandait de m’allonger sur le dos, et prenait une planche épaisse de huit cm, large de soixante cm et longue douze mètres, et l’enroulant de plusieurs chaînes de métal, me la posait sur le corps. J’utilisais ensuite l’énergie interne pour résister. Lorsque je réussis à tenir trois minutes d’affilée plusieurs semaines de suite, mon maître posa alors en sus des morceaux de fer et des blocs de pierre pour augmenter le poids total. Il fallut plus dix années de pratique pour que ma capacité de résistance puisse dépasser les 15 tonnes. »

Maître Hà Châu est célèbre pour plusieurs techniques martiales extraordinaires telles que : « Thiêt Sa Chuong » (Paume d’Acier) : utiliser la paume de la main pour écraser des noix de coco sèches, ou pour planter des clous de 20 cm dans une planche de 3cm d’épaisseur et les arracher ensuite avec deux doigts ; « Thiêt Trao công » (Doigts d’Acier) : enrouler à mains nues des barres de fer autour de son cou et les tordre en forme de U, déchirer un paquet de 52 cartes d’un seul geste, utiliser deux doigts pour écraser un fruit de bétel, etc. « Thiêt Dâu công » (Tête d’Acier), il se sert de la tête pour briser un mur de brique ; ou encore, posant sa tête sur une pile de brique, il fait placer sur son front ou sur son plexus une dalle de pierre pesant plus de 40 kg, qui est ensuite brisée à l’aide d’une masse ; la pile de briques placée derrière sa tête vole alors également en éclats. « Thiêt Kiêu công », il s’allonge sur le dos et fait placer une chaise sur son épaule, une autre sur sa cuisse, ainsi qu’une planche de six mètres de longueur sur son ventre. Plus de vingt personnes debout y prennent ensuite place (soit un poids équivalant à près de 1,5 tonnes). « Khinh công », il s’allonge sur deux marmites de terre cuite, fait placer sur sa poitrine trois dalles de pierre d’environ 150 kg qui sont ensuite brisées en éclat par un assistant avec une masse d’armes, tandis que lui-même et les deux marmites de terre restent toujours intacts.

Malgré son grand âge, en 2006 il se déplaça en France pour faire des démonstrations organisé par son Disciple Maître Philippe GAUDIN. Il participa aussi, en Septembre 2006, à une démonstration avec ses Disciples lors de la « Réunion de Dalat », qui regroupait des Maîtres du Vietnam et de certains pays étrangers, pour des performances d’Arts Martiaux et de Danse du Dragon au Stade de la zone militaire 7 à Ho-Chi-Minh Ville. Jeune Disciple de l’école : « Je me souviens que la semaine précédent son décès, il s’entrainait encore et travaillait comme si de rien était. »

En mémoire à Grand Maître Hà Châu,

qui nous a quitté le 20 août 2011 des suites de sa maladie.